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Les articles "Histoire de la paroisse" sont extraits du Clocher et rédigés par Jacques Pencréa'ch.

Histoire de la paroisse - 3 - 2017

« Une cloche sonne, sonne… sa voix d'écho en écho... », chantait Édith Piaf. Toutes les cloches ont une longue histoire. Celles de notre ancienne église aussi. Elles furent brisées en août 1944 lors du dynamitage de la tour, mais les morceaux essentiels purent être récupérés dans les gravats. Ils furent refondus pour donner, avec l'apport de métal supplémentaire, trois de nos cloches actuelles (les trois plus petites) en mars 1947. La quatrième, le bourdon, fut acquis et mis à sa place en octobre 1961. Le beffroi qui les supporte a été dessiné par Yves Guillou, l'architecte de l'église. D'aspect harmonieux et ajouré, il laisse entrevoir les cloches.

À elles quatre, elles représentent un poids conséquent, près de quatre tonnes. La structure qui les supporte est donc soumise à de fortes pressions, surtout quand elles sonnent à la volée. Elle doit, de ce fait, faire l'objet d'une surveillance régulière, c'est l'entreprise Bodet d'Angers qui en est chargée. Elle est intervenue dernièrement pour changer les poutres maîtresses, qui supportent l'ensemble (parties plus claires sur la photo ci-dessous), les anciennes étaient encore d'origine, cinquante-cinq années !

 

La tradition chrétienne donne aux cloches un caractère bien particulier en leur affectant un prénom avec parrain et marraine lors d'une cérémonie également appelée baptême. Tous ces noms et prénoms sont gravés dans le métal. Les nôtres n'ont pas échappé à cette tradition. Elles sont commandées électriquement depuis leur mise en service et c'est le samedi 28 octobre 1961 que l'Angélus a sonné une première fois ; « c'est la joie dans tous les cœurs, et l'ambiance de la place en est grandement influencée », note le recteur. Auparavant, dans l'ancien beffroi provisoire, elles étaient actionnées à l'aide de cordes, sur lesquelles les enfants de chœur tiraient de toutes leurs forces et de tout leur corps à l'occasion des baptêmes et mariages avec l'espoir de récolter quelques dragées ou petites pièces !

Pour l’Église les cloches ont deux fonctions : elles font entendre la voix de Dieu et la voix du peuple de Dieu : voix de Dieu, elles convoquent les fidèles pour la prière en annonçant la célébration des offices ; et, voix du peuple, elles font monter vers Dieu l'acclamation des fidèles.

Elles sont aussi un outil de communication, sa sonnerie varie suivant la nature de l'évènement religieux : sonneries joyeuses pour un baptême, un mariage, triste pour un décès en sonnant le glas, volée d'une cloche avec tintements alternés. Elles sonnent aussi l'Angélus ; théoriquement, à Caudan, sauf dérèglement du programme, cette prière est annoncée trois fois par jour : à 7h, 12h et 19h. Un Angélus se compose de trois versets suivis d'un Ave Maria, aussi la sonnerie est caractérisée par trois fois trois coups puis volée de la plus petite cloche durant une minute. Elles rythment aussi notre vie profane par la sonnerie des heures et des fractions d'heure. Elles ne sonnent pas la nuit (pour ne pas gêner les voisins !). Elles peuvent aussi être utilisées pour annoncer un décès. Cette tradition est aujourd'hui abandonnée, avec toutefois une exception locale : quand une personne voisine ou fidèle à N. D. du Nelhouët décède, la cloche de la chapelle sonne à toute volée pour annoncer la triste nouvelle.

Autrefois, le célère tocsin était sonné pour alerter la population d'un danger affectant la vie de la cité : invasion, incendie, guerre. Le tocsin se compose d'une série rapide de 90 à 120 coups/minute à l'aide d'un martelet. Le 1er août 1914, cette lugubre sonnerie a retenti à travers tout le pays pour annoncer à la population l'ordre de mobilisation générale. Le gouvernement a invité les maires de France à faire sonner le tocsin le vendredi 1er août 2014 pour célébrer le centenaire de cette mobilisation. Certaines cloches (pas celles ce Caudan !) ont sonné à la volée ce jour-là, comme pour annoncer un évènement joyeux ! Notre patrimoine sonore entre dans l'oubli...

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Histoire de la paroisse - 2 - 2017

« À quelque chose malheur est bon » nous dit le proverbe. Revenons brièvement à notre histoire locale : En août 1944, à l'arrivée des premiers Américains à Caudan, l'occupant allemand panique et commet de nombreuses et violentes exactions ; entre autres, il dynamite l'église paroissiale dont il ne restera que des ruines. À la libération, en mai 1945, la France commence à rebâtir grâce aux « dommages de guerre » du Ministère de la Reconstruction. C'est ainsi qu'une nouvelle église fut construite à l'emplacement de l'ancienne, à Caudan. Sa consécration eut lieu le 12 avril 1962.

Chose rare, exceptionnelle aujourd'hui, déduction faite des dépenses afférentes à cette construction, un bilan financier laissa paraître un solde positif de 96 897 F. Qu'en faire ? L'église possédait une tribune mais il n’était pas prévu d'y installer d'orgue. Grâce à la persuasion et à l'obstination d'un vicaire (l’abbé Louis Guillaume), un projet d'acquisition de cet instrument vit le jour. Plusieurs devis en date de 1964 l'attestent. Finalement, un marché de gré à gré fut approuvé par l'administration le 23 février 1965. Il attribuait le chantier au facteur d'orgue Georges Schwenkedel de Strasbourg, qui s'engageait à livrer et monter un instrument neuf en tribune avec console séparée pour une somme de 53 200 F. Ce fournisseur avait un carnet de commandes bien chargé avec, entre autres dans le secteur, les églises St Pie X à Vannes, Saint-Pierre-Quiberon, l'île d'Arz, ce qui pourrait expliquer les retards de livraison. Un courrier municipal en date du 15 juillet 1968 (trois années quand même depuis la décision), signé du maire de l'époque M. Jean Gaudin, réclame instamment la livraison de l'orgue en faisant état du préjudice et du mécontentement de la population. De plus, les revalorisations furent fréquentes et l'enveloppe des « dommages de guerre » n'était pas extensible !

L'orgue arriva enfin en gare de Lorient le jeudi 3 octobre 1968 et son montage commença dès le lendemain. Le concert inaugural eut lieu le 22 décembre de la même année et c'est M. Félix Moreau, titulaire honoraire de la Cathédrale de Nantes, qui tenait les orgues. On imagine que la messe de minuit qui suivit revêtit un cachet particulier…

Le prix de revient total se chiffra à 60 673 F. Il restait encore de l'argent dans l'enveloppe financière ! Et c'est ainsi que put être installé le chauffage infrarouge de l'église, alimenté au butane dans un premier temps puis au gaz de ville par la suite. Un reliquat de dépenses de 3 064 F apparut et fut pris en charge par la paroisse.

Durant l'été 1983, un acte de vandalisme fit disparaître 46 tuyaux. Une plainte fut déposée mais l'enquête n'aboutit pas. La manufacture Sévère qui s'occupait de la maintenance les remplaça pour un montant de 19 925 F.

En 1997, un relevage complet de l'instrument s'avéra nécessaire ; visites, expertises, devis furent effectués à l'initiative de M. Jean-Yves Le Juge, professeur de musique et organiste qui assura le conseil et le suivi technique de toutes les opérations. La municipalité approuva le projet du facteur d'orgue Claude Thibaud de Nantes le 29 décembre 1999 et le chantier put démarrer le 6 novembre 2000.

La réception finale des travaux eut lieu le 14 mars 2001, la bénédiction de l'orgue le samedi suivant, le 17 mars.

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Histoire de la paroisse - 1 - 2017

En cette fin d'année 2016, notre communauté paroissiale a déploré le décès de deux prêtres ayant exercé leur vicariat à Caudan : les abbés François Tristan et Clovis Le Priol.

François TristanFrançois fut nommé chez nous en juin 1971. Originaire de Groix, il y est né en juin 1929 et fut ordonné en 1953 puis nommé successivement à Theix, Guémené-sur-Scorff puis Larmor-Plage. Il quitta Caudan en 1978 étant nommé recteur de Sulniac. Il est décédé le 13 octobre dernier à la maison de retraite Saint Joachim.
Dès son arrivée, il prit en charge notre bulletin paroissial, on lui doit l'archivage des bulletins, le premier conservé date d'octobre 1971. François a surtout marqué son ministère par son service envers les jeunes, en tant qu'organisateur des camps de vacances. Quelques anciens bénéficiaires de ces camps ont souhaité témoigner de ces agréables vacances :
« Au revoir François !
Les camps de jeunes ! Quels souvenirs ! Quelle époque ! On était jeune ! 40 ans déjà sont passés…
En effet, dès son arrivée dans la paroisse, il propose aux jeunes de 12 à 18 ans de Caudan et de ses environs, de découvrir les joies des vacances et du camping ; de quelques-uns la première année, avec sa 204 et sa caravane, jusqu'à une centaine par la suite, répartie en deux camps de deux semaines. Toujours des destination différentes et bien choisies sur le plan culturel et géographique :
- en France d'abord : - Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot - les Pyrénées du côté de Lourdes et du cirque de Gavarnie - Aguessac dans l'Aveyron, aux portes des gorges du Tarn - Gérardmer dans les Vosges et Boltzheim en Alsace - La Provence d'Alphonse Daudet, au Mas d'Auge à Fontvielle.
- à l'étranger ensuite : l'Irlande, à Galway aux portes du Connemara avec ses îles d'Aran - l'Espagne, à Castro Urdiales près de Bilbao au pays Basque, puis à Cubellas, près de Barcelone en Catalogne.
La formule était originale : Un directeur - 5 à 6 « monos » (généralement d'anciens colons armés du Bafa) - une infirmière et parfois des accompagnants adultes bénévoles. Les jeunes se répartissaient en groupes de 5 à 10. Ils disposaient de tentes-chalet et canadiennes qu'il leur fallait monter et démonter seuls. Pour les repas, une batterie de cuisine-vaisselle-réchaud à gaz leur était confiée. Enfin pour leur nourriture, un budget à gérer eux-mêmes leur était distribué tous les 3 ou 4 jours. Cette initiation à l'autogestion n'était pas toujours simple et facile, et certains, un peu cigales, se voyaient parfois contraints à demander « l'aumône », alors que d'autres, plus fourmis, pouvaient la leur faire et même s'offrir quelques extras à la crêperie ou ailleurs.
Bon vivant, joyeux, la plaisanterie facile, rieur et aimant faire rire, mais respecté de tous, François, avec une autorité bienveillante et malgré le poids des responsabilités, se plaisait à regarder toute cette jeunesse heureuse de vivre en groupe sans soucis majeurs et constatait souvent que « les plus grands ne sont pas toujours les plus dégourdis ! »
Oui, ce fut pour beaucoup, quinqua et sexagénaires de Caudan et d'ailleurs, l'occasion de nombreuses découvertes et premières fois…
Une fois de retour, ces camps d'été se prolongeaient par le « repas des jeunes » en début décembre réunissant toutes les générations à la salle Hellegouarch, retrouvailles joyeuses et attendues, avec projections de films et échanges de photos. Bien sûr, c'était l'occasion de vivre et revivre de bons moments, mais aussi un moyen d'alimenter la trésorerie en vue de préparer les camps suivants et de réduire le coût pour les familles.
Que de bons souvenirs tu nous as laissés ! François. Souvenirs que ces dernières années, toi malheureusement tu n'avais plus, mais nous, nous les gardons gravés dans nos mémoires. »
Brigitte, Gisèle, Daniel, Yves, quelques « VJ » (Vieux Jeunes) reconnaissants.
NB : Les images prises lors de ces camps ont été numérisées. Les personnes intéressées peuvent s'adresser à Brigitte Guillevic - Kerdréan en Caudan.

Clovis Le PriolClovis fut nommé vicaire instituteur de l'école Sainte Anne en juin 1944. Du fait de la « poche de Lorient », il ne put exercer qu'à la rentrée 1945. Il est né à Baud en juin 1921. Il resta 8 années à Caudan avant de rejoindre l'école du Vœu à Hennebont. Il nous a quittés le 20 octobre dernier et, selon son désir, inhumé dans son caveau de famille de Baud.
À ses débuts, l'école Sainte Anne comportait deux classes avec plusieurs divisions. Il fallut agrandir l'école, et un terrain attenant fut acheté. Ainsi les nombreux élèves purent être scolarisés dans de bonnes conditions. En plus de ses fonctions de directeur et d'enseignant, Clovis fut chargé de suivre la préparation militaire, elle-même assurée par un moniteur du C.E.P de Lorient.
Les jeunes qui suivaient cette préparation voulurent monter une équipe de football ; des bénévoles confectionnèrent des maillots avec du tissu d'occasion, d'autre montèrent des poteaux (sans filet !) : la « Garde du Menhir » était née. Son but (qui figure dans la déclaration à la Préfecture) était de « développer par l'exercice et le sport les forces physiques et morales des jeunes gens, et préparer au pays des hommes robustes et de vaillants soldats... » (N'oublions pas que nous sortions de deux guerres meurtrières). Clovis fut l'organisateur des premières grandes kermesses champêtres, de la création d'un groupe d'enfants de chœur, de la mise sur pied du mouvement des « cœurs vaillants » par des méthodes actives, grands rassemblements inter paroissiaux, défilés dans le bourg.

Clovis et François, deux hommes, deux méthodes mais un même but, une volonté de former les jeunes, chacun à sa façon selon les moyens et l'époque dans laquelle ils vivaient : l'un par l'enseignement à la sortie de la seconde guerre mondiale, l'autre de manière plus ludique et plus libre dans l'après 68 !

Deux paroissiens engagés nous ont également quittés en cette fin d'année 2016 : Bernard Méreur et Denise Le Mentec. Ils avaient tous les deux un point commun, ils étaient encore jeunes. Bernard avait 68 ans, Denise 66 ans.

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Bernard est né à Hennebont en avril 1947. Après quelques années au petit séminaire de Sainte-Anne d’Auray et un changement d’orientation,
il poursuit ses études à l'université de Nanterre et de la Sorbonne nouvelle.
À l'issue de sa carrière professionnelle en relations publiques, il se retire à Caudan à l'âge de la retraite. Titulaire de nombreux diplômes en théologie, il est chargé de cours à l'université Catholique de l'Ouest, et participe à la formation diocésaine de Vannes. Érudit et passionné de lecture religieuse il nous fit partager cette passion en écrivant de nombreux articles dans notre bulletin et en animant des conférences sur les thèmes proposés chaque année par l’Église. Il a aussi fait partie d'une équipe liturgique. Il est décédé le 12 novembre dernier et inhumé au cimetière de Carnel.

Denise est née à Guidel en décembre 1949. Après son mariage avec Charles, elle vint habiter Lamohic et ne tarda pas à débuter son bénévolat sur la paroisse, en plus de ses activités professionnelles. Dès le début des années 90 elle accepta la catéchèse auprès des plus jeunes que lui proposa Danièle Dupuy. Elle le fit pendant plus de vingt ans pour terminer avec Françoise Lacroix. En même temps elle occupa la fonction de « lingère », particulièrement chargée du linge d'autel et occasionnellement de la propreté de l'église, fonction discrète mais combien utile et indispensable pour le bon déroulement du culte. Elle est décédée le 24 novembre dernier.
Toujours en « tenue de service » ils ont tous deux servi Dieu et servi leurs frères.

Que le Seigneur accueille ces bons et fidèles serviteurs !

Histoire de la paroisse - 10 - 2016

Durant leurs congés de cet été, le Père jean louis et son frère Julien ont participé dans leur pays de Madagascar au « famadihana ». Cette cérémonie traditionnelle est aussi appelée « retournement des morts ». C'est une coutume qui consiste à envelopper les défunts dans de nouveaux linceuls de soie afin qu'ils ne prennent pas froid, c'est pour cette raison qu'elle se déroule durant l'hiver de ce pays (juin à septembre). Pour cette opération il faut sortir les corps des tombeaux de pierre dans lesquels ils ont été posés. La pierre chez eux est un élément noble réservé à cet effet. Les tombeaux sont des sortes de mausolée dans lesquels les corps sont posés dans des alvéoles. À l'origine le « famadihana » était pratiqué pour les personnes décédées loin de leur région d'origine à l'occasion de leur rapatriement dans le caveau familial afin qu'ils reposent définitivement près des leurs.

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Pour commencer, il faut déterminer la date de la cérémonie. Pour ce faire, il est bon de consulter un « mpanandro », sorte d'astrologue ou devin malgache qui désigne le jour propice. Tous les membres de la famille en sont informés et doivent faire tout leur possible pour être présents et ainsi participer aux dépenses qui sont très importantes : accueil des invités, hébergement, repas, achats de linceuls, réparation des tombeaux, frais de dossiers. Pour cette raison cette fête n'a lieu que tous les neufs ans.

Le « famadihana » dure deux jours. Le premier jour, toute la population du village est invitée à un bal populaire avec musique traditionnelle locale, chanteurs talentueux, conteurs. Durant ce bal, un représentant de la famille fait un discours moralisateur agrémenté de proverbes appropriés, surtout pour remercier tous ceux qui ont pu se déplacer. C'est le moment de la quête comme chez nous !… Les invités versent leur obole à la famille, leur participation, le « kao-drazana ».

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Tous ces convives devront être nourris à satiété durant toute la durée de la fête, il faut prévoir une double ration pour chacun, car plus ce repas sera important et copieux, plus la notoriété de la famille sera ainsi confortée ! Les menus sont très riches et variés : on y trouve de la viande grasse de zébu, de la viande de porc, de la dinde, du poulet, du canard, le tout accompagné de riz imbibé d'huile et de graisse, et bien sûr d'une boisson locale, le « toaka gazy », fabriqué à partir de canne à sucre ou de tamarin, en plus de l'eau en bouteilles. Chaque famille se regroupe pour ce repas. À 17 heures une messe est célébrée à l'intention des défunts de la famille.

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Après cet épisode festif, on procède, le deuxième jour, à l'exhumation proprement dite. On enveloppe les ancêtres défunts d'un nouveau linceul, on les porte sur les épaules, on chante, on danse, c'est un jour de fête, signe que les vivants n'oublient pas leurs aïeux. Après tous ces rites, les corps sont remis à leur place respective, en attendant le prochain « famadihana ». Beaucoup de superstitions sont rattachées à cette pratique : c'est ainsi qu'en s'appropriant un tout petit morceau du linceul qui a été en contact avec le défunt lors de l'exhumation, les femmes stériles sont persuadées qu'elles enfanteront après la fête !

Dans le cas de la famille de Jean-Louis, le retournement a concerné une cinquantaine de défunts : grands parents, frères et sœurs des grands parents, leurs enfants, cousins, cousines… on remonte très loin. On peut s'étonner de ce grand nombre, mais il est évident qu'au bout de plusieurs années, quand les corps se sont décomposés et qu'il ne reste que les ossements, ceux-ci sont regroupés. Certains groupements peuvent contenir une dizaine de ces corps.

Toutes les religions pratiquent cette tradition. Dans la religion chrétienne, certains rites sont abandonnés, mais le « famadihana », le souvenir des morts, a une place primordiale dans la culture malgache.

Histoire de la paroisse - 9 - 2016

Cet été, nous avons eu l'occasion de rencontrer le frère de Jean-Louis, Julien, venu passer trois semaines de vacances à Caudan ; il a même tenu nos orgues à l'occasion d'une messe du samedi. D'une fratrie de dix enfants, sept garçons et trois filles, Julien occupe le 8ème rang. Né le 31 mai 1972, il a donc 42 ans.

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On pourrait s'étonner, à la lecture de leurs noms, de la différence qu'il existe entre chaque enfant de cette même famille : Razafindrakoto pour Jean-Louis et Ratsimbazafy pour Julien. À Madagascar en effet, le nom qu'on donne à un enfant a des significations : soit il porte le nom de famille, pratique réservée aux familles aisées et bourgeoises, soit, dans les familles plus modestes, ce nom est composé d'un mélange de mots bien définis : le diminutif Ra est un signe de respect ; zafy veut dire petits fils, soit pour Jean-Louis : Ra zafy Rakoto, petit fils de Rakoto (nom de son grand-père), et pour Julien : Ra, tsimba (veut dire monsieur), zafy, petit fils. Chaque pays a ses coutumes, et nos noms Bretons sont eux aussi souvent une association de noms de lieux, villages, animaux…

Julien est religieux, membre des Frères des Écoles Chrétiennes (F.E.C.). Fondée à Reims en1680 par Saint Jean-Baptiste de La Salle, cette congrégation est vouée à la formation et à l'enseignement des jeunes, en particulier des plus défavorisés (à l'origine). C'est une congrégation laïque masculine de droit pontifical à vœux simples. Les frères ne sont donc pas prêtres. Aux vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, les frères ajoutent une consécration totale de leur personne à la Sainte Trinité qui conduit à un engagement de « stabilité dans la société », pour faire dans cette société ce à quoi ils seront employés, soit par leurs supérieurs soit par « le corps de la société ».

Les Frères portaient une soutane noire non boutonnée avec un large rabat blanc, ils étaient familièrement surnommés les « Frères à quatre bras » à cause de leur manteau à manches flottantes.

Après ses études et son bac, Julien débute sa carrière active comme instituteur durant six années et en l'an 2000, il postule pour sa vocation à Antananarivo, la capitale, pendant une année, puis poursuit sa formation au noviciat francophone des F.E.C. à Bobo Dioulasso au Burkina Faso en 2001. Il prononce sa première profession religieuse le 14 juin 2003.

Durant les trois années suivantes, il étudie la philosophie et la théologie au scolasticat de Saint Miguel d’Abidjan en Côte d'Ivoire. À l'issue de ces trois années il revient à Madagascar et débute son apostolat. Il enseigne les mathématiques en classe de sixième et la religion en première scientifique. Le 13 août 2010, il fait sa profession perpétuelle et son engagement définitif dans cette congrégation des F.E.C. Il continue son enseignement jusqu'en 2015.

Actuellement, il est en mission en Côte d'Ivoire comme formateur au scolasticat, chargé de l'économat dans la communauté et responsable de la bibliothèque au sein de son institut supérieur. Cette communauté comprend 21 jeunes Frères et 3 formateurs. La vie communautaire a une grande importance dans leur vie religieuse. Voilà pourquoi ils vivent ensemble et s'associent dans leur service éducatif, principale mission des Frères. Pendant leurs vacances, ils ne restent pas inactifs, ils accompagnent des jeunes, font des travaux manuels en brousse... En terminant l'énoncé de son parcours, Julien écrit ceci :

« Merci d'avoir lu cet article parlant de mon témoignage.
Je vous demande humblement une intention de prière pour moi et pour la mission que Dieu me confie.
De même je prie pour vous, que Dieu vous comble de sa grâce et de sa bénédiction, et que vive Jésus dans nos cœurs ».

Dans un prochain article nous explorerons le Madagascar mystérieux et ses traditions ancestrales à la découverte du Famadihana…

Histoire de la paroisse - 8 - 2016

Dimanche 7 août. Comme tous les ans, en ce premier dimanche du mois d'août, nous avons célébré la fête de Notre-Dame-du-Trescouët. La messe de 10h30 fut célébrée par le frère Innocents de la paroisse Saint Christophe. Depuis l'année dernière ce sont les prêtres de cette paroisse qui assurent le culte à Caudan durant les vacances du Père Jean-Louis. La chapelle, toujours aussi bien fleurie, a accueilli une nombreuse assistance. À l'issue de l'office, après le partage du traditionnel gâteau breton, les fidèles furent invités à suivre la procession jusque dans l'enceinte de l'hôpital, en reprenant des chants à la Vierge.

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En ce jour de pardon, où nous honorons Notre-Dame, nous rappela le célébrant, nous trouvons en elle, la servante du Seigneur, le modèle le plus parfait de ce que la puissance de Dieu, le Père, réalise en sa créature, en son enfant : « le puissant fit pour moi des merveilles ! ». À son tour, Notre-Dame dit aujourd'hui à chacun de nous, comme aux serviteurs de la noce de Cana : « faites tout qu'il vous dira ». « Demandons à Notre-Dame-du-Trescouët de nous accompagner sur les chemins de nos vies, chemins d'écoute de la Parole et de service de nos frères. »

Durant cette journée, dès les premières heures, les « Amis du Trescouët » ont proposé leur quatrième troc et puces, qui connut un grand succès : un millier d'entrées fut comptabilisé. Le soleil généreux du matin au soir ajouta une note joyeuse à cette belle journée réussie.

Trois semaines plus tard, le 28 août, c'est au Nelhouët, dans la chapelle de Notre-Dame-de-Vérité que nous avons fêté la Vierge. Cette fois encore, c'est le frère Innocents qui célébra la messe dominicale de 10h30. Il nous rappela cet héritage que nous avons à transmettre, d'abord un héritage matériel.

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À cet effet, depuis 1972, à l'initiative de M. et Mme Branthomme, l'association « Les Amis de la Chapelle Notre-Dame-de-Vérité » a pour principal objectif de restaurer l'édifice et la fontaine, datant de 1765. Depuis cette date, avec les bénéfices de la fête, cette chapelle a fait l'objet de nombreuses et importantes réfections et améliorations. Cette année, nous avons noté la reconstitution du jubé de la tribune qui avait mystérieusement disparu et qui n’a jamais été retrouvé. C'est la famille Branthomme, qui, à partir de plaques photos que possédait le docteur, a pu reproduire ces images qui ont pris leur place respective :

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Nous avons aussi, nous dit le célébrant, un héritage spirituel à transmettre dans la foi, l'amour et la charité. Dans l'évangile de ce dimanche 28 août, Saint Luc nous rappelle que « quiconque s'élève sera abaissé, qui s'abaisse, sera élevé ». L'orgueil, nous rappela-t-il, est la racine de tous les maux, nous sommes tous marqués par l'orgueil. Jésus a pris la dernière place et il a été élevé. Marie est un modèle d'humilité, la servante du seigneur. Demandons à Notre-Dame-de-Vérité de nous montrer ce chemin qui nécessite la pauvreté du cœur, le dépouillement total.

À l'issue de la messe, une procession, avec toutes les bannières, descendit jusqu'à la fontaine en contrebas, qui, comme la chapelle, a été superbement fleurie par les dames bénévoles du voisinage.

La fête champêtre s'est déroulée l'après-midi et un public nombreux a pu, aux heures des repas, faire honneur aux plats traditionnels préparés sur place. C'est le bagad de Ploemeur qui cette année animait cette 44ème édition, qui fut un succès grâce bien sûr aux nombreux et fidèles bénévoles.

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Les « Amis de la chapelle » organisent aussi quelques animations culturelles, c'est ainsi que, depuis le pardon, une exposition peut être visitée aux heures d'ouverture de la chapelle. Cette exposition, réalisée par Mme Hélène Barazer, comporte une dizaine de tableaux sur lesquels on retrouve l'histoire de cette vieille chapelle du XVIème siècle, photos et explications de son architecture extérieure et intérieure et de son mobilier : statues, bannières. Y figurent également l'historique de l'association, et les réalisations qui, grâce à elle, ont vu le jour depuis sa création en 1972. Ces panneaux sont appelés à rester sur place, car ils sont prévus pour résister à l'humidité ambiante.

Histoire de la paroisse - 7 - 2016

Après la destruction de l'église paroissiale le 11 août 1944, il ne restait plus que nos deux chapelles, celle du Trescouët et celle du Nelhouët. Elles avaient été relativement épargnées durant ces années de guerre, par contre elles manquaient de travaux d'entretien. Malgré tout, elles purent être utilisées pour le culte de la paroisse. Les messes dominicales furent principalement célébrées au Trescouët pour les paroissiens restés chez eux mais aussi pour les hommes en garnison dans le secteur, Français comme Américains. « À la suite d'une démarche faite près des Américains, j'ai la satisfaction de pouvoir vous annoncer qu'on m'a fait la promesse de ne pas mettre en action les canons de la batterie la plus proche de la chapelle tous les matins du dimanche avant que les messes ne soient totalement terminées, sauf évidemment en cas d'absolue nécessité » (annonce faite par l'abbé Jeffredo au prône du 17 décembre 1944).

Même sans église, il fallait administrer les sacrements. La dernière célébration qui s'y déroula eut lieu le samedi 5 août 1944 : le baptême, d'apparemment deux jumeaux, Robert-Marie Toulliou et Marcel-Marie Toulliou, tous deux nés le 30 juillet à Kéroual (fils de René et d'Hélène Forner). Le dimanche 6 août, le recteur, l'abbé Le Bayon, annonçait du haut de sa chaire « Vendredi prochain 11 août à 7 heures 30 messe du Sacré-Cœur et bénédiction », on sait ce qu'il advint à cette heure-là... Le baptême suivant fut en fait un ondoiement (ablution d'eau accompagnées de paroles sacramentelles), les saintes huiles avaient disparu lors de la destruction de l'église ; comme on peut le voir, (acte ci-dessous), c'est l'abbé Clovis Le Priol qui administra le supplément le 31 août à la chapelle. Certains baptêmes furent administrés à domicile, en particulier quand la vie du bébé était en danger.

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Il y eut aussi bien sûr quelques décès : le 8 novembre 1944 un enfant, Pierre Bolay, âgé de six ans, fut victime d'un bombardement à Saint Sulan (où était réfugiée la communauté religieuse). La cérémonie d'obsèques se déroula en la chapelle du Trescouët et l'inhumation à Inzinzac. Trois jours plus tard Mme Cécile Falquérho de Mané Forn décédait. La cérémonie eut également lieu en cette chapelle et l'inhumation en son alentour immédiat. À la libération son corps fut exhumé et placé au cimetière municipal. Il en fut de même pour M. Joseph Le Cren de Lamohic, décédé lui aussi accidentellement, de Joseph Guigo de Kernivinen... D'autres corps furent ainsi exhumés dont ceux des personnes décédées dans les communes d'adoption environnantes. Pour les membres de la famille Kerlau sauvagement tués par les Allemands en août 1944, le transfert au cimetière eut lieu le 24 juillet. Cette préférence d'avoir attendu la libération pour effectuer cette démarche s'explique par le manque de moyens matériels et surtout par sécurité. En cette occasion, les tombes étaient bénies.

Le 8 mai 1945, la fête de la Victoire marqua la fin de ces cinq années de guerre, qui, comme on le voit n'empêchèrent pas les Caudanais de pratiquer leur religion avec les « moyens du bord » !

Le mardi 7 août 1945 une première baraque chapelle montée à l'emplacement de l'actuel presbytère fut ouverte au culte.

Histoire de la paroisse - 6 - 2016

La poche de LorientLa « poche de Lorient » allait durer 277 jours. La commune de Caudan y était en partie incluse. Jusqu'au mois d'août 1944 la population hésitait et ne s'était pas encore trop réfugiée dans les bourgs et villages des environs, plus en sécurité. Les bombardements et exactions commises par l'occupant durant la première quinzaine de ce mois d'août eurent raison des hésitants, « le presbytère et maisons du bourg n'existent que meurtries, incendiées, en ruine, inhabitables, la population évacue » note l'abbé Jeffredo en charge de la paroisse. Combien d'habitants restait-il à Caudan ? Très peu, guère plus qu'à Lanester où l'on n'en comptait que 185 durant cette période. La campagne aussi était déserte, surtout la partie sud de la commune ; les exploitants avaient fui (principalement à Cléguer, Plouay) amenant avec eux leur bétail... tristes images.

La « poche » était bien gardée pour éviter une sortie des troupes allemandes. Elles firent quelques tentatives, mais rapidement maîtrisées. En réalité, les deux camps étaient sur la défensive, l'armée Allemande voulant conserver sa base stratégique. La zone bordant Caudan était principalement défendue par les Américains, l'autre côté du Blavet, par les Forces Françaises de l'Intérieur. Comment dans de telles conditions vivait notre Paroisse ?

Le presbytère, déjà ancien, fut mis à mal le 10 août 1944 lors du dynamitage de l'église ; il reçut plusieurs éclats de pierre endommageant gravement le toit. L'abbé Jeffredo ne put y résider et trouva refuge à Saint-Sulan. Les religieuses de l'école Saint Joseph se dirigèrent vers le Gorvello et organisèrent l'accueil de leurs élèves (filles) à la rentrée 1944, dans un premier temps 135 fillettes de Caudan, plus tard rejointes par le cours complémentaire du Gorvello et l'ensemble de la communauté. Seules 2 sœurs, sœur Hélène, l'infirmière et sœur Léonie, restèrent sur place et trouvèrent refuge à Saint-Sulan également, où elles vécurent 7 mois.

L'abbé Clovis Le Priol (frère de Joseph du Moustoir) aujourd'hui retiré à Saint-Joachim, fut nommé en juillet 1944, vicaire instituteur directeur de l'école Sainte-Anne en remplacement de l'abbé Lallemand nommé à Pontivy. En raison de la situation, il ne put rejoindre son poste et resta chez lui, à Baud, en attendant. Le directeur diocésain de l'enseignement lui fit savoir que quelques enfants de Caudan étaient restés sur place et qu'il fallait tenter de les regrouper. L'abbé Le Priol lui proposa l'internat de l'école de La Clarté de Baud, vide mais sans équipements. La proposition fut acceptée, on récupéra des lits, des couvertures, de la vaisselle... tout le monde fit preuve de générosité, d'entraide, et le « camp scolaire de Baud » put donc s'ouvrir en décembre 1944 ; il regroupait 145 jeunes garçons de Caudan, mais aussi de Brandérion, Port-Louis. Une infirmière de Lanester, une cuisinière (Mme Le Ny du Nelhouët), des enseignants, surveillants bénévoles, tous œuvrèrent pour assurer une bonne rentrée, assurant ainsi la sécurité et la scolarité de tous ces jeunes. Ce « camp » fonctionna jusqu'aux vacances de 1945. Tous, autant les filles que les garçons, ont gardé un bon souvenir de cette période, première occasion pour la plupart de vivre en communauté.

Nous verrons dans un prochain article comment les différentes cérémonies religieuses purent être célébrées.

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