Histoire de la paroisse 2016

Histoire de la paroisse - 10 - 2016

Durant leurs congés de cet été, le Père jean louis et son frère Julien ont participé dans leur pays de Madagascar au « famadihana ». Cette cérémonie traditionnelle est aussi appelée « retournement des morts ». C'est une coutume qui consiste à envelopper les défunts dans de nouveaux linceuls de soie afin qu'ils ne prennent pas froid, c'est pour cette raison qu'elle se déroule durant l'hiver de ce pays (juin à septembre). Pour cette opération il faut sortir les corps des tombeaux de pierre dans lesquels ils ont été posés. La pierre chez eux est un élément noble réservé à cet effet. Les tombeaux sont des sortes de mausolée dans lesquels les corps sont posés dans des alvéoles. À l'origine le « famadihana » était pratiqué pour les personnes décédées loin de leur région d'origine à l'occasion de leur rapatriement dans le caveau familial afin qu'ils reposent définitivement près des leurs.

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Pour commencer, il faut déterminer la date de la cérémonie. Pour ce faire, il est bon de consulter un « mpanandro », sorte d'astrologue ou devin malgache qui désigne le jour propice. Tous les membres de la famille en sont informés et doivent faire tout leur possible pour être présents et ainsi participer aux dépenses qui sont très importantes : accueil des invités, hébergement, repas, achats de linceuls, réparation des tombeaux, frais de dossiers. Pour cette raison cette fête n'a lieu que tous les neufs ans.

Le « famadihana » dure deux jours. Le premier jour, toute la population du village est invitée à un bal populaire avec musique traditionnelle locale, chanteurs talentueux, conteurs. Durant ce bal, un représentant de la famille fait un discours moralisateur agrémenté de proverbes appropriés, surtout pour remercier tous ceux qui ont pu se déplacer. C'est le moment de la quête comme chez nous !… Les invités versent leur obole à la famille, leur participation, le « kao-drazana ».

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Tous ces convives devront être nourris à satiété durant toute la durée de la fête, il faut prévoir une double ration pour chacun, car plus ce repas sera important et copieux, plus la notoriété de la famille sera ainsi confortée ! Les menus sont très riches et variés : on y trouve de la viande grasse de zébu, de la viande de porc, de la dinde, du poulet, du canard, le tout accompagné de riz imbibé d'huile et de graisse, et bien sûr d'une boisson locale, le « toaka gazy », fabriqué à partir de canne à sucre ou de tamarin, en plus de l'eau en bouteilles. Chaque famille se regroupe pour ce repas. À 17 heures une messe est célébrée à l'intention des défunts de la famille.

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Après cet épisode festif, on procède, le deuxième jour, à l'exhumation proprement dite. On enveloppe les ancêtres défunts d'un nouveau linceul, on les porte sur les épaules, on chante, on danse, c'est un jour de fête, signe que les vivants n'oublient pas leurs aïeux. Après tous ces rites, les corps sont remis à leur place respective, en attendant le prochain « famadihana ». Beaucoup de superstitions sont rattachées à cette pratique : c'est ainsi qu'en s'appropriant un tout petit morceau du linceul qui a été en contact avec le défunt lors de l'exhumation, les femmes stériles sont persuadées qu'elles enfanteront après la fête !

Dans le cas de la famille de Jean-Louis, le retournement a concerné une cinquantaine de défunts : grands parents, frères et sœurs des grands parents, leurs enfants, cousins, cousines… on remonte très loin. On peut s'étonner de ce grand nombre, mais il est évident qu'au bout de plusieurs années, quand les corps se sont décomposés et qu'il ne reste que les ossements, ceux-ci sont regroupés. Certains groupements peuvent contenir une dizaine de ces corps.

Toutes les religions pratiquent cette tradition. Dans la religion chrétienne, certains rites sont abandonnés, mais le « famadihana », le souvenir des morts, a une place primordiale dans la culture malgache.

Histoire de la paroisse - 9 - 2016

Cet été, nous avons eu l'occasion de rencontrer le frère de Jean-Louis, Julien, venu passer trois semaines de vacances à Caudan ; il a même tenu nos orgues à l'occasion d'une messe du samedi. D'une fratrie de dix enfants, sept garçons et trois filles, Julien occupe le 8ème rang. Né le 31 mai 1972, il a donc 42 ans.

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On pourrait s'étonner, à la lecture de leurs noms, de la différence qu'il existe entre chaque enfant de cette même famille : Razafindrakoto pour Jean-Louis et Ratsimbazafy pour Julien. À Madagascar en effet, le nom qu'on donne à un enfant a des significations : soit il porte le nom de famille, pratique réservée aux familles aisées et bourgeoises, soit, dans les familles plus modestes, ce nom est composé d'un mélange de mots bien définis : le diminutif Ra est un signe de respect ; zafy veut dire petits fils, soit pour Jean-Louis : Ra zafy Rakoto, petit fils de Rakoto (nom de son grand-père), et pour Julien : Ra, tsimba (veut dire monsieur), zafy, petit fils. Chaque pays a ses coutumes, et nos noms Bretons sont eux aussi souvent une association de noms de lieux, villages, animaux…

Julien est religieux, membre des Frères des Écoles Chrétiennes (F.E.C.). Fondée à Reims en1680 par Saint Jean-Baptiste de La Salle, cette congrégation est vouée à la formation et à l'enseignement des jeunes, en particulier des plus défavorisés (à l'origine). C'est une congrégation laïque masculine de droit pontifical à vœux simples. Les frères ne sont donc pas prêtres. Aux vœux traditionnels de pauvreté, de chasteté, d'obéissance, les frères ajoutent une consécration totale de leur personne à la Sainte Trinité qui conduit à un engagement de « stabilité dans la société », pour faire dans cette société ce à quoi ils seront employés, soit par leurs supérieurs soit par « le corps de la société ».

Les Frères portaient une soutane noire non boutonnée avec un large rabat blanc, ils étaient familièrement surnommés les « Frères à quatre bras » à cause de leur manteau à manches flottantes.

Après ses études et son bac, Julien débute sa carrière active comme instituteur durant six années et en l'an 2000, il postule pour sa vocation à Antananarivo, la capitale, pendant une année, puis poursuit sa formation au noviciat francophone des F.E.C. à Bobo Dioulasso au Burkina Faso en 2001. Il prononce sa première profession religieuse le 14 juin 2003.

Durant les trois années suivantes, il étudie la philosophie et la théologie au scolasticat de Saint Miguel d’Abidjan en Côte d'Ivoire. À l'issue de ces trois années il revient à Madagascar et débute son apostolat. Il enseigne les mathématiques en classe de sixième et la religion en première scientifique. Le 13 août 2010, il fait sa profession perpétuelle et son engagement définitif dans cette congrégation des F.E.C. Il continue son enseignement jusqu'en 2015.

Actuellement, il est en mission en Côte d'Ivoire comme formateur au scolasticat, chargé de l'économat dans la communauté et responsable de la bibliothèque au sein de son institut supérieur. Cette communauté comprend 21 jeunes Frères et 3 formateurs. La vie communautaire a une grande importance dans leur vie religieuse. Voilà pourquoi ils vivent ensemble et s'associent dans leur service éducatif, principale mission des Frères. Pendant leurs vacances, ils ne restent pas inactifs, ils accompagnent des jeunes, font des travaux manuels en brousse... En terminant l'énoncé de son parcours, Julien écrit ceci :

« Merci d'avoir lu cet article parlant de mon témoignage.
Je vous demande humblement une intention de prière pour moi et pour la mission que Dieu me confie.
De même je prie pour vous, que Dieu vous comble de sa grâce et de sa bénédiction, et que vive Jésus dans nos cœurs ».

Dans un prochain article nous explorerons le Madagascar mystérieux et ses traditions ancestrales à la découverte du Famadihana…

Histoire de la paroisse - 8 - 2016

Dimanche 7 août. Comme tous les ans, en ce premier dimanche du mois d'août, nous avons célébré la fête de Notre-Dame-du-Trescouët. La messe de 10h30 fut célébrée par le frère Innocents de la paroisse Saint Christophe. Depuis l'année dernière ce sont les prêtres de cette paroisse qui assurent le culte à Caudan durant les vacances du Père Jean-Louis. La chapelle, toujours aussi bien fleurie, a accueilli une nombreuse assistance. À l'issue de l'office, après le partage du traditionnel gâteau breton, les fidèles furent invités à suivre la procession jusque dans l'enceinte de l'hôpital, en reprenant des chants à la Vierge.

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En ce jour de pardon, où nous honorons Notre-Dame, nous rappela le célébrant, nous trouvons en elle, la servante du Seigneur, le modèle le plus parfait de ce que la puissance de Dieu, le Père, réalise en sa créature, en son enfant : « le puissant fit pour moi des merveilles ! ». À son tour, Notre-Dame dit aujourd'hui à chacun de nous, comme aux serviteurs de la noce de Cana : « faites tout qu'il vous dira ». « Demandons à Notre-Dame-du-Trescouët de nous accompagner sur les chemins de nos vies, chemins d'écoute de la Parole et de service de nos frères. »

Durant cette journée, dès les premières heures, les « Amis du Trescouët » ont proposé leur quatrième troc et puces, qui connut un grand succès : un millier d'entrées fut comptabilisé. Le soleil généreux du matin au soir ajouta une note joyeuse à cette belle journée réussie.

Trois semaines plus tard, le 28 août, c'est au Nelhouët, dans la chapelle de Notre-Dame-de-Vérité que nous avons fêté la Vierge. Cette fois encore, c'est le frère Innocents qui célébra la messe dominicale de 10h30. Il nous rappela cet héritage que nous avons à transmettre, d'abord un héritage matériel.

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À cet effet, depuis 1972, à l'initiative de M. et Mme Branthomme, l'association « Les Amis de la Chapelle Notre-Dame-de-Vérité » a pour principal objectif de restaurer l'édifice et la fontaine, datant de 1765. Depuis cette date, avec les bénéfices de la fête, cette chapelle a fait l'objet de nombreuses et importantes réfections et améliorations. Cette année, nous avons noté la reconstitution du jubé de la tribune qui avait mystérieusement disparu et qui n’a jamais été retrouvé. C'est la famille Branthomme, qui, à partir de plaques photos que possédait le docteur, a pu reproduire ces images qui ont pris leur place respective :

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Nous avons aussi, nous dit le célébrant, un héritage spirituel à transmettre dans la foi, l'amour et la charité. Dans l'évangile de ce dimanche 28 août, Saint Luc nous rappelle que « quiconque s'élève sera abaissé, qui s'abaisse, sera élevé ». L'orgueil, nous rappela-t-il, est la racine de tous les maux, nous sommes tous marqués par l'orgueil. Jésus a pris la dernière place et il a été élevé. Marie est un modèle d'humilité, la servante du seigneur. Demandons à Notre-Dame-de-Vérité de nous montrer ce chemin qui nécessite la pauvreté du cœur, le dépouillement total.

À l'issue de la messe, une procession, avec toutes les bannières, descendit jusqu'à la fontaine en contrebas, qui, comme la chapelle, a été superbement fleurie par les dames bénévoles du voisinage.

La fête champêtre s'est déroulée l'après-midi et un public nombreux a pu, aux heures des repas, faire honneur aux plats traditionnels préparés sur place. C'est le bagad de Ploemeur qui cette année animait cette 44ème édition, qui fut un succès grâce bien sûr aux nombreux et fidèles bénévoles.

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Les « Amis de la chapelle » organisent aussi quelques animations culturelles, c'est ainsi que, depuis le pardon, une exposition peut être visitée aux heures d'ouverture de la chapelle. Cette exposition, réalisée par Mme Hélène Barazer, comporte une dizaine de tableaux sur lesquels on retrouve l'histoire de cette vieille chapelle du XVIème siècle, photos et explications de son architecture extérieure et intérieure et de son mobilier : statues, bannières. Y figurent également l'historique de l'association, et les réalisations qui, grâce à elle, ont vu le jour depuis sa création en 1972. Ces panneaux sont appelés à rester sur place, car ils sont prévus pour résister à l'humidité ambiante.

Histoire de la paroisse - 7 - 2016

Après la destruction de l'église paroissiale le 11 août 1944, il ne restait plus que nos deux chapelles, celle du Trescouët et celle du Nelhouët. Elles avaient été relativement épargnées durant ces années de guerre, par contre elles manquaient de travaux d'entretien. Malgré tout, elles purent être utilisées pour le culte de la paroisse. Les messes dominicales furent principalement célébrées au Trescouët pour les paroissiens restés chez eux mais aussi pour les hommes en garnison dans le secteur, Français comme Américains. « À la suite d'une démarche faite près des Américains, j'ai la satisfaction de pouvoir vous annoncer qu'on m'a fait la promesse de ne pas mettre en action les canons de la batterie la plus proche de la chapelle tous les matins du dimanche avant que les messes ne soient totalement terminées, sauf évidemment en cas d'absolue nécessité » (annonce faite par l'abbé Jeffredo au prône du 17 décembre 1944).

Même sans église, il fallait administrer les sacrements. La dernière célébration qui s'y déroula eut lieu le samedi 5 août 1944 : le baptême, d'apparemment deux jumeaux, Robert-Marie Toulliou et Marcel-Marie Toulliou, tous deux nés le 30 juillet à Kéroual (fils de René et d'Hélène Forner). Le dimanche 6 août, le recteur, l'abbé Le Bayon, annonçait du haut de sa chaire « Vendredi prochain 11 août à 7 heures 30 messe du Sacré-Cœur et bénédiction », on sait ce qu'il advint à cette heure-là... Le baptême suivant fut en fait un ondoiement (ablution d'eau accompagnées de paroles sacramentelles), les saintes huiles avaient disparu lors de la destruction de l'église ; comme on peut le voir, (acte ci-dessous), c'est l'abbé Clovis Le Priol qui administra le supplément le 31 août à la chapelle. Certains baptêmes furent administrés à domicile, en particulier quand la vie du bébé était en danger.

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Il y eut aussi bien sûr quelques décès : le 8 novembre 1944 un enfant, Pierre Bolay, âgé de six ans, fut victime d'un bombardement à Saint Sulan (où était réfugiée la communauté religieuse). La cérémonie d'obsèques se déroula en la chapelle du Trescouët et l'inhumation à Inzinzac. Trois jours plus tard Mme Cécile Falquérho de Mané Forn décédait. La cérémonie eut également lieu en cette chapelle et l'inhumation en son alentour immédiat. À la libération son corps fut exhumé et placé au cimetière municipal. Il en fut de même pour M. Joseph Le Cren de Lamohic, décédé lui aussi accidentellement, de Joseph Guigo de Kernivinen... D'autres corps furent ainsi exhumés dont ceux des personnes décédées dans les communes d'adoption environnantes. Pour les membres de la famille Kerlau sauvagement tués par les Allemands en août 1944, le transfert au cimetière eut lieu le 24 juillet. Cette préférence d'avoir attendu la libération pour effectuer cette démarche s'explique par le manque de moyens matériels et surtout par sécurité. En cette occasion, les tombes étaient bénies.

Le 8 mai 1945, la fête de la Victoire marqua la fin de ces cinq années de guerre, qui, comme on le voit n'empêchèrent pas les Caudanais de pratiquer leur religion avec les « moyens du bord » !

Le mardi 7 août 1945 une première baraque chapelle montée à l'emplacement de l'actuel presbytère fut ouverte au culte.

Histoire de la paroisse - 6 - 2016

La poche de LorientLa « poche de Lorient » allait durer 277 jours. La commune de Caudan y était en partie incluse. Jusqu'au mois d'août 1944 la population hésitait et ne s'était pas encore trop réfugiée dans les bourgs et villages des environs, plus en sécurité. Les bombardements et exactions commises par l'occupant durant la première quinzaine de ce mois d'août eurent raison des hésitants, « le presbytère et maisons du bourg n'existent que meurtries, incendiées, en ruine, inhabitables, la population évacue » note l'abbé Jeffredo en charge de la paroisse. Combien d'habitants restait-il à Caudan ? Très peu, guère plus qu'à Lanester où l'on n'en comptait que 185 durant cette période. La campagne aussi était déserte, surtout la partie sud de la commune ; les exploitants avaient fui (principalement à Cléguer, Plouay) amenant avec eux leur bétail... tristes images.

La « poche » était bien gardée pour éviter une sortie des troupes allemandes. Elles firent quelques tentatives, mais rapidement maîtrisées. En réalité, les deux camps étaient sur la défensive, l'armée Allemande voulant conserver sa base stratégique. La zone bordant Caudan était principalement défendue par les Américains, l'autre côté du Blavet, par les Forces Françaises de l'Intérieur. Comment dans de telles conditions vivait notre Paroisse ?

Le presbytère, déjà ancien, fut mis à mal le 10 août 1944 lors du dynamitage de l'église ; il reçut plusieurs éclats de pierre endommageant gravement le toit. L'abbé Jeffredo ne put y résider et trouva refuge à Saint-Sulan. Les religieuses de l'école Saint Joseph se dirigèrent vers le Gorvello et organisèrent l'accueil de leurs élèves (filles) à la rentrée 1944, dans un premier temps 135 fillettes de Caudan, plus tard rejointes par le cours complémentaire du Gorvello et l'ensemble de la communauté. Seules 2 sœurs, sœur Hélène, l'infirmière et sœur Léonie, restèrent sur place et trouvèrent refuge à Saint-Sulan également, où elles vécurent 7 mois.

L'abbé Clovis Le Priol (frère de Joseph du Moustoir) aujourd'hui retiré à Saint-Joachim, fut nommé en juillet 1944, vicaire instituteur directeur de l'école Sainte-Anne en remplacement de l'abbé Lallemand nommé à Pontivy. En raison de la situation, il ne put rejoindre son poste et resta chez lui, à Baud, en attendant. Le directeur diocésain de l'enseignement lui fit savoir que quelques enfants de Caudan étaient restés sur place et qu'il fallait tenter de les regrouper. L'abbé Le Priol lui proposa l'internat de l'école de La Clarté de Baud, vide mais sans équipements. La proposition fut acceptée, on récupéra des lits, des couvertures, de la vaisselle... tout le monde fit preuve de générosité, d'entraide, et le « camp scolaire de Baud » put donc s'ouvrir en décembre 1944 ; il regroupait 145 jeunes garçons de Caudan, mais aussi de Brandérion, Port-Louis. Une infirmière de Lanester, une cuisinière (Mme Le Ny du Nelhouët), des enseignants, surveillants bénévoles, tous œuvrèrent pour assurer une bonne rentrée, assurant ainsi la sécurité et la scolarité de tous ces jeunes. Ce « camp » fonctionna jusqu'aux vacances de 1945. Tous, autant les filles que les garçons, ont gardé un bon souvenir de cette période, première occasion pour la plupart de vivre en communauté.

Nous verrons dans un prochain article comment les différentes cérémonies religieuses purent être célébrées.

Histoire de la paroisse - 5 - 2016

« Monsieur Gouarin a succédé à monsieur l'abbé Le Garrec, nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Vannes au mois de janvier 1919 ». C'est le seul évènement relaté dans les archives paroissiales d'octobre 1912 à septembre 1921. L'abbé Gouarin ne restera que deux années à Caudan avant d'être nommé à Grand-Champ ; il fut remplacé par l'abbé Le Bayon qui venait de Bangor et qui restera chez nous 23 années. De 1921 à 1940 la vie de la paroisse sembla bien calme si on en croit les archives, peu documentées. On y retrouve souvent cette phrase : « rien de bien particulier cette année ». « Les jours se suivent sans incident remarquable, mais l'inquiétude, la tristesse et l'angoisse provoquées par l'occupation sont peintes sur tous les visages. Les difficultés de ravitaillement, le manque d'objets nécessaires, l'impossibilité de se déplacer pour chercher ailleurs ce qui manque chez nous rendent la vie pénible ».

L'abbé Le Bayon avait 80 ans en 1944. Le vicaire général l'invita à un repos bien mérité en lui proposant une place d'aumônier de la maison de santé de Rohan mais « son attachement à sa paroisse était tel qu'il ne pouvait se résigner à s'en éloigner ». L'abbé Vincent Jeffredo, recteur de N.D. du Pont, proposa à l'abbé Le Bayon de « veiller sur ses ouailles » en cette période difficile. Ce dernier accepta et profita d'une voiture de l’État-Major de la Marine pour se rendre dans sa famille à Auray. Nous étions le 12 août 1944 et ce jour-là fut pour beaucoup de Caudanais une journée « d'expatriation » ; ils s'éloignèrent du danger en trouvant refuge dans les communes environnantes moins exposées. Malgré tout, certains restèrent sur place, l'abbé Jeffredo entre autres. Et ce fut l'épisode de la « Poche de Lorient ».

 Pochards

Rappelons quelques faits historiques : le 7 août 1944, après le débarquement en Normandie, les alliés libèrent Hennebont. On pense que les Allemands sont prêts à se rendre et que nos troupes vont entrer dans Lorient. Le Général Allemand Fahrmbacher, tout récemment nommé responsable des forces basées en Bretagne reçoit l'ordre de ses supérieurs, le Führer lui-même, de tenir coûte que coûte. Il se replie sur la base de Keroman. Les alliés, désireux de poursuivre l'offensive vers le centre et l'est de la France, continuent leur route, laissant aux Forces Françaises de l'Intérieur le soin de contenir l'armée ennemie. Le 10 août, la Poche de Lorient était née. 26 000 Allemands et 9 000 Français s'y trouvèrent entassés. Les Lorientais étaient peu nombreux : 300 ; ceux de Lanester 185. Les plus représentés étaient Ploemeur (2 500), Plouhinec (1 620) et Guidel (1 300). La commune de Caudan se situait juste à la limite de la poche, qui coupait la route Lorient-Hennebont à la hauteur de la Montagne du Salut.

Il fallait maintenant y vivre, cohabiter et s'adapter. Les habitudes reprirent, malgré les difficultés. Les offices catholiques et protestants furent célébrés régulièrement par le clergé enfermé lui aussi. (cf. la photo sur laquelle on reconnait l'abbé Le Pipe venu faire des remplacements et célébrer des pardons). Mais nos prêtres semblaient bien occupés en dehors de leur activité cultuelle… « L'abbé Job Morio (à droite sur la photo) qui était curé (de Ploemeur) remplaçait le maire. Il laissait faire et on tuait des veaux et des porcs dans le presbytère, parce que les Allemands n’y entraient pas ». Restait quand même à régler le cri des bêtes ! L'abbé Langlo (Le Plessis), en allant dans les fermes, repérait les batteries Allemandes qui se déplaçaient souvent et transmettait ces renseignements aux alliés.

(Source : Les cahiers du FAOUEDIC Hors-série N° 8 : IL Y A 50 ANS LA POCHE DE LORIENT)

Histoire de la paroisse - 4 - 2016

L’Église se remit difficilement de tous ces changements qui lui furent imposés durant les années 1900-1910 : dissolution des associations, séparation de l'Église et de l'État, instauration du denier de l’Église. À Caudan comme ailleurs, le recteur fut dans l'obligation d'y faire face. On sent chez lui, par la lecture des faits qu'il rapporte, lassitude et découragement dus principalement à l'indifférence de ses paroissiens. Une bonne nouvelle vint malgré tout l'encourager et lui faire plaisir : « depuis plus de trente ans, la question se pose tous les jours d'une manière plus pressante, la nécessité de créer de nouveaux centres religieux sur la paroisse. Aucun ne désire la séparation plus que moi. Mgr Latieule avait préparé un commencement d’exécution de l'œuvre. C'est sans doute à Mgr Gouraud (évêque de Vannes 1906-1928) qu'il est réservé de le réaliser et c'est à moi qu'appartiendra l'honneur de le seconder dans ses desseins », écrivait-il le 11 mai 1907.

Ses vœux ne tardèrent pas à se réaliser. Par un décret en date du 12 août 1907, Mgr Gouraud érigea en paroisse le quartier des chantiers et du Plessis, sous le titre de : paroisse Saint Joseph du Plessis. Le 17 août la semaine religieuse annonçait la création d'une nouvelle paroisse « au Pont de Kerentrech-Caudan ; elle sera placée sous le patronage de Notre-Dame auxiliatrice. Le titulaire de cette future église sera Saint Isidore, patron de l'ancienne frairie de Kerguillé » (voir le plan ci-dessous). Le quartier de Lanester avait donc maintenant ses deux églises.

Caudan 19me siecle 

« Quand verrons-nous maintenant la création de deux communes ? » s'impatiente le recteur : « Suivant toutes les probabilités on retardera cette création le plus longtemps possible. L'administration et les politiciens dont elle dépend désirent choisir, pour le faire, le moment le plus favorable à leurs intérêts. Le projet de loi, élaboré par le Conseil d’État, ne sera présenté aux chambres que lorsque le terrain aura été suffisamment préparé en vue des élections municipales, que les amis du gouvernement veulent aussi radicales et antireligieuses que possible ». Il dut attendre deux années, avant la création en mai 1909 des deux communes. Le conseil municipal fut dissous et de nouvelles élections municipales eurent lieu. Les élections de Caudan, note le recteur, apparemment très impliqué dans cet évènement « ont été aussi mauvaises qu'elles pouvaient. Les catholiques ont tenu à se présenter, malgré le recteur. Ils auraient mieux fait de suivre l'inspiration du clergé. Voilà bientôt quatre ans que je suis recteur de Caudan. Pas une année sans élection ; toujours elles ont tourné contre nous. Le triomphe de la mauvaise liste a été d'autant plus fâcheux que le clergé était pris à partie. C'est contre les prêtres et, pourquoi ne pas le dire, contre le recteur que les élections ont été faites. La paroisse est secouée, les pratiques religieuses diminuent et le prêtre perd de son prestige à force d'être vaincu... ».

Il est vrai que durant ces quatre années, l'entente cordiale ne fut pas d'actualité ! Après une dernière polémique, le conseil municipal autorisa le recteur à rejoindre son presbytère moyennant un loyer modique, jusqu'à ce que l'abbé Jagourel en fasse l'acquisition. Le presbytère redevint donc propriété paroissiale. L'abbé Le Garrec, probablement fatigué, lui si loquace auparavant, ne mentionne les évènements de sa paroisse que très succinctement : « Visite pastorale de Mgr Gouraud en mai 1911, aucun fait saillant, démolition de la chapelle de la Croix en 1912 », et à partir de là, plus rien, pas un mot. Il passera sous silence la première guerre mondiale. L'histoire de la paroisse ne reprendra qu'en janvier 1919, date d'arrivée de l'abbé Gouarin en remplacement de l'abbé Le Garrec nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Vannes.

Histoire de la paroisse - 3 - 2016

L’abbé Le Garrec fut donc nommé recteur de Caudan le deuxième dimanche du mois d'août 1905. Sitôt installé, il fut confronté à la grande préoccupation de l'époque : la séparation de l'Église et de l'État. Il voulut expliquer la situation à ses paroissiens qui ne semblaient pas trop sensibilisés aux conséquences de cette loi. Il les convoqua dans une salle d'auberge du bourg, mais cet auditoire choisi lui était acquis d'avance. Cette première réunion fut suivie d'une autre, moins calme, le 29 avril 1906 à la salle de la Mairie, réservée par Monsieur Paul Guieysse dans le cadre des élections législatives. Le recteur n'eut pas peur de prendre la parole, la réunion dura deux bonnes heures et « fut très mouvementée ». Plusieurs Caudanais étaient d'ailleurs favorables à cette loi, « tous les petits fonctionnaires de la localité et une certaine partie de la population qui n'envisage que les intérêts purement matériels ou qui a été endoctrinée par les politiciens de l'endroit ».

Entre ces deux réunions l'inventaire des biens de l’église dut avoir lieu, mais il ne put se faire car l'église fut barricadée et gardée par un grand nombre de paroissiens armés de leurs outils de travail qui avaient pour consigne de ne pas frapper ni d'insulter ; ils n'eurent pas à le faire car le receveur, Monsieur Nacrez, receveur des domaines de Pont-Scorff, voyant tout ce monde devant la porte de l'église, pendant que sonnait le glas, n'insista pas et fit demi-tour. Il prévint le maire, « l'homme de toutes les faiblesses », que cet inventaire était remis à une date ultérieure. Il eut lieu le 14 novembre. Apparemment ce ne fut qu'une formalité sans conséquence importante. Qui sait si le recteur n'avait pas fait en sorte que cet inventaire ne soit que partiel ?

Procession

Les élections législatives donnèrent une large majorité à Monsieur Paul Guieysse qui fut donc élu député, mais se trouva en minorité dans la partie nord de la commune (Caudan actuel). « Pour se venger », le conseil municipal prit la décision d'interdire les processions. L'arrêté fut affiché sur la porte de l'église. « Également pour les convois mortuaires » ? demanda le recteur. « Non, que les processions proprement dites »... et l'affiche fut refaite !

L’autre gros problème de l'actualité paroissiale de l'époque fut le financement. Privé d'allocations publiques, le recteur n'avait que les quêtes. Il fut dans l'obligation de trouver 4 050 francs. « Où vais-je trouver cette somme ? » se demanda-t-il. La partie nord de la commune comptait à peine 2 500 habitants pour un recteur et deux vicaires. Il demanda à l'évêque de se séparer d'un de ces deux vicaires, l'abbé Goubin (licencié économique !), 500 francs de charges en moins... Cet abbé ne fut pas mis au chômage, au contraire il eut de l'avancement et nommé recteur de Calan ! « Le travail de notre paroisse n'est pas au-dessus des forces de deux prêtres, et il faut faire des sacrifices pour avoir moins à exiger de la population ». Pour alimenter sa caisse, le recteur décréta que « seuls, les chefs de ménage seraient sollicités » et il leur demande de verser 10 centimes par semaine. Petit à petit, ce Denier du Culte, devenu Denier de l’Église, fut reconnu et adopté par les paroissiens.

Durant cette période troublée, le clergé n'avait pas abandonné le presbytère mais, par précaution, dans la crainte d'une expulsion, l'abbé Le Garrec voulut mettre son mobilier à l'abri. « La gentilhommière de Madame Gadaud (ancienne résidence de Kergoff) s'est ouverte pour le recevoir et le clergé tient ici à témoigner de sa reconnaissance à l'Amirale Gadaud, bienfaitrice insigne de la paroisse ». Le presbytère, devenu propriété de l'état fut l'objet de tractations multiples, de menaces, de courriers injurieux, d'un procès, pour finalement être racheté par l'autorité religieuse.