« Monsieur Gouarin a succédé à monsieur l'abbé Le Garrec, nommé chanoine titulaire de la cathédrale de Vannes au mois de janvier 1919 ». C'est le seul évènement relaté dans les archives paroissiales d'octobre 1912 à septembre 1921. L'abbé Gouarin ne restera que deux années à Caudan avant d'être nommé à Grand-Champ ; il fut remplacé par l'abbé Le Bayon qui venait de Bangor et qui restera chez nous 23 années. De 1921 à 1940 la vie de la paroisse sembla bien calme si on en croit les archives, peu documentées. On y retrouve souvent cette phrase : « rien de bien particulier cette année ». « Les jours se suivent sans incident remarquable, mais l'inquiétude, la tristesse et l'angoisse provoquées par l'occupation sont peintes sur tous les visages. Les difficultés de ravitaillement, le manque d'objets nécessaires, l'impossibilité de se déplacer pour chercher ailleurs ce qui manque chez nous rendent la vie pénible ».

L'abbé Le Bayon avait 80 ans en 1944. Le vicaire général l'invita à un repos bien mérité en lui proposant une place d'aumônier de la maison de santé de Rohan mais « son attachement à sa paroisse était tel qu'il ne pouvait se résigner à s'en éloigner ». L'abbé Vincent Jeffredo, recteur de N.D. du Pont, proposa à l'abbé Le Bayon de « veiller sur ses ouailles » en cette période difficile. Ce dernier accepta et profita d'une voiture de l’État-Major de la Marine pour se rendre dans sa famille à Auray. Nous étions le 12 août 1944 et ce jour-là fut pour beaucoup de Caudanais une journée « d'expatriation » ; ils s'éloignèrent du danger en trouvant refuge dans les communes environnantes moins exposées. Malgré tout, certains restèrent sur place, l'abbé Jeffredo entre autres. Et ce fut l'épisode de la « Poche de Lorient ».

 Pochards

Rappelons quelques faits historiques : le 7 août 1944, après le débarquement en Normandie, les alliés libèrent Hennebont. On pense que les Allemands sont prêts à se rendre et que nos troupes vont entrer dans Lorient. Le Général Allemand Fahrmbacher, tout récemment nommé responsable des forces basées en Bretagne reçoit l'ordre de ses supérieurs, le Führer lui-même, de tenir coûte que coûte. Il se replie sur la base de Keroman. Les alliés, désireux de poursuivre l'offensive vers le centre et l'est de la France, continuent leur route, laissant aux Forces Françaises de l'Intérieur le soin de contenir l'armée ennemie. Le 10 août, la Poche de Lorient était née. 26 000 Allemands et 9 000 Français s'y trouvèrent entassés. Les Lorientais étaient peu nombreux : 300 ; ceux de Lanester 185. Les plus représentés étaient Ploemeur (2 500), Plouhinec (1 620) et Guidel (1 300). La commune de Caudan se situait juste à la limite de la poche, qui coupait la route Lorient-Hennebont à la hauteur de la Montagne du Salut.

Il fallait maintenant y vivre, cohabiter et s'adapter. Les habitudes reprirent, malgré les difficultés. Les offices catholiques et protestants furent célébrés régulièrement par le clergé enfermé lui aussi. (cf. la photo sur laquelle on reconnait l'abbé Le Pipe venu faire des remplacements et célébrer des pardons). Mais nos prêtres semblaient bien occupés en dehors de leur activité cultuelle… « L'abbé Job Morio (à droite sur la photo) qui était curé (de Ploemeur) remplaçait le maire. Il laissait faire et on tuait des veaux et des porcs dans le presbytère, parce que les Allemands n’y entraient pas ». Restait quand même à régler le cri des bêtes ! L'abbé Langlo (Le Plessis), en allant dans les fermes, repérait les batteries Allemandes qui se déplaçaient souvent et transmettait ces renseignements aux alliés.

(Source : Les cahiers du FAOUEDIC Hors-série N° 8 : IL Y A 50 ANS LA POCHE DE LORIENT)