Reprenons le parcours des anciens recteurs de notre paroisse. En juillet dernier nous avons quitté l'abbé Hétet décédé en fin d'année 1892. Le 1er janvier de l'année suivante, l'abbé Amédée Camper lui succéda ; natif de Plouhinec, il venait de Bieuzy « une paroisse d'élite, où j'ai constamment combattu pour rétablir l'autorité de recteur jusque-là complètement annihilée... ». Il ne portait pas non plus un jugement très favorable sur son prédécesseur, car écrivait-il, « je ne crois pas que Caudan dut être amendé par ce recteur qui avait comme caractéristique, une grande inconstance » ; avec plus de modestie, il ajoutait : « puis-je faire mieux... cette pensée me suffoque ». Il a eu le mérite de faire une compilation de tous les éléments connus à cette époque sur l'histoire de la paroisse : ses origines, ses anciennes seigneuries, son église, ses chapelles, les noms et dates des anciens recteurs ; ainsi, le premier nommé est l'abbé Borbihan, chanoine de Vannes, qui devint recteur en 1456, mais peu de temps après, il permuta avec l'abbé Jean Bégot, recteur de Péaule et également chanoine. Avant cette date, le poste revenait à un archidiacre (Vicaire général actuel) qui fut obligé « d'opter entre ce bénéfice et sa dignité ». Il aurait renoncé à l'administration de la paroisse, mais s'en serait réservé les revenus ! Cette réserve se serait ensuite maintenue au profit de ses successeurs, rendant ainsi la paroisse de Caudan particulièrement attractive ! C'est ainsi qu'on relève régulièrement ces expressions : « il gagna la paroisse de Caudan au concours du... il l'emporta au concours... ». Le 30 juin 1719, l'abbé Roudic fut nommé officiellement recteur de Caudan au décès de l'abbé Le Belliguet ; le jour même, un vicaire général « avait conféré le bénéfice de cette paroisse à l'abbé Jacques Mahé » qui s'empressa d'en prendre possession dès le lendemain. Il n'était pas le titulaire légitime mais continua à administrer la paroisse durant plusieurs années. Suite aux réclamations de l'abbé Roudic, il fut débouté et dut se retirer devant le vrai titulaire, mais « ses précautions étaient prises » et il devint recteur d'Arzano et de Guilligomarc’h. Quant à l'abbé Roudic, il mourut le 6 juillet 1741 à l'âge de 54 ans et fut inhumé au cimetière de Caudan près du portail de l'église de cette époque.

L'abbé Camper (1893-1894), guère aimable envers ses confrères, ne semble pas avoir, lui non plus, beaucoup « amendé » la paroisse durant ses deux années passées à Caudan : le seul fait consigné est le début de construction d'une école des filles aux chantiers de Lanester. Il existait auparavant une école tenue par deux religieuses et deux institutrices laïques, cette école fut laïcisée et « pour échapper à cette influence néfaste il a fallu songer à établir une école Chrétienne ». Madame de Mauduit mit gracieusement une partie de son château du Plessis à la disposition des 170 élèves, situation provisoire jusqu'à la pose de la première pierre de la nouvelle école le 1er juin 1894 et de son ouverture dès l'année suivante.

Tombeau de Mgr Jean Marie Bécel

L'abbé Camper fut remplacé le 6 décembre 1894 par l'abbé Stanislas Bissonnet qui venait de Plouharnel. Dès son arrivée, celui-ci fut confronté au problème financier inhérent à cette école : « ces conditions sont on ne peut plus onéreuses pour moi : Monsieur De la Villesboisset (l'architecte) et Madame de Mauduit m'ont mis le pistolet sous la gorge et m'ont forcé à accepter, au compte personnel du recteur, les contributions, les réparations, les assurances avec l'intérêt à 3 % du capital avancé par Madame de Mauduit ». À l'occasion des fêtes de la Toussaint suivantes, il fit appel à la générosité de tous les paroissiens : « je me suis mis à leur disposition dès qu'ils voudront généreusement m'aider... ». L'appel fut entendu ! Rappelons que Mgr Jean-Marie Bécel était l'évêque de Vannes (1865-1897) à cette époque.